- Le registre européen du DPP est opérationnel depuis juillet 2026 et assure l’attribution d’identifiants uniques décentralisés.
- Six normes européennes (EN 18216 à EN 18223) encadrent les identifiants, supports, échanges et interopérabilité liés au DPP.
- Cinq méthodes d’identification unique sont définies, incluant des technologies web, RFID et codes 2D.
- Le passeport numérique batterie sera obligatoire pour certains types de batteries à partir de février 2027, marquant un premier test opérationnel majeur.
Le passeport numérique des produits prend désormais forme : depuis juillet 2026, le registre DPP de l'UE est opérationnel, les normes européennes fondamentales ont été publiées et la normalisation internationale s'accélère également. Pour l'industrie, la question de savoir si le DPP va voir le jour se pose donc de moins en moins. Ce qui est plus intéressant, c'est de savoir : qu'est-ce qui est déjà défini aujourd'hui, qu'est-ce qui est techniquement réalisable et quelles sont les questions qui restent en suspens ?
Tribune libre d’Olaf Wilmsmeier, Wilmsmeier Solutions
Le DPP a considérablement progressé en 2026
Le passeport numérique du produit (DPP) joue un rôle central dans la réalisation des objectifs du règlement européen sur l'écoconception, le règlement (UE) 2024/1781 relatif à l'écoconception des produits durables.
Le principe est simple : les produits et les matières premières doivent pouvoir être utilisés le plus longtemps possible, réutilisés et, à la fin de leur cycle de vie, mieux recyclés. Pour cela, les informations relatives à un produit doivent rester disponibles tout au long de son cycle de vie.
Pendant longtemps, on a surtout parlé du DPP comme d’un concept d’avenir. Aujourd’hui, les choses se concrétisent. Le 20 juillet 2026, la Commission européenne a mis en service le registre européen du passeport numérique des produits, ou registre DPP, comprenant un environnement de test. Parallèlement, d’importantes normes européennes ont été publiées.
Et au niveau international aussi, les choses bougent. Début septembre, des experts se sont réunis à Berlin pour la première réunion du comité ISO/IEC JTC 5 « Digital Product Passport ».
Le DPP est-il ainsi définitivement défini ? Non. Des spécifications importantes font encore défaut, notamment pour certains groupes de produits. Mais l’orientation technique se précise nettement.
Bien plus qu’un QR code renvoyant vers une page produit
Un produit physique, par exemple une batterie, un meuble ou, plus tard, peut-être un textile, doit être associé de manière univoque à ses informations numériques. Pour cela, il se voit attribuer un identifiant lisible par machine.
Non, dans le cadre du DPP, cela ne signifie pas simplement qu’un code QR renvoie vers n’importe quelle page web du fabricant sur laquelle figure une fiche technique.
Pour que différentes entreprises et différents systèmes puissent fonctionner ensemble, des spécifications standardisées doivent être respectées. Cela inclut des identifiants uniques, des interfaces et des formats de données définis, des règles de gestion des données ainsi que des concepts d’accès et de sécurité.
Car là aussi, la situation devient vite complexe : un client final a besoin d’informations différentes de celles d’une entreprise de recyclage. Un fabricant peut quant à lui avoir besoin d’accéder à des données qui ne doivent pas être rendues publiques.
C’est précisément pour cette raison que le DPP est bien plus qu’une simple fiche produit numérique.
Le registre européen des DPP est opérationnel
Il ne faut pas confondre le nouveau registre DPP de l'UE avec une base de données centrale dans laquelle seraient stockées toutes les informations sur les produits.
Les données de produit proprement dites sont en principe mises à disposition de manière décentralisée. Le registre recense notamment des identifiants de produit uniques et les métadonnées nécessaires. Cela permet d’enregistrer et d’attribuer de manière univoque les passeports numériques des produits.
À première vue, cela ressemble à un détail technique. Or, c’est précisément cette attribution univoque qui est déterminante pour le bon fonctionnement d’une infrastructure DPP à l’échelle européenne.
Les normes techniques se précisent
Le CEN, Comité européen de normalisation, et le CENELEC, Comité européen de normalisation électrotechnique, ont mis en place, sous le nom de JTC 24, un comité technique commun chargé de la normalisation de l’infrastructure des DPP.
Les normes élaborées dans ce cadre concernent les identifiants uniques, les supports de données, l’échange de données, le stockage des données, les API et l’interopérabilité entre les systèmes.
Parmi celles-ci figurent :
EN 18219 – identifiants uniques
EN 18220 – supports de données
EN 18216 – protocoles d’échange de données
EN 18221 – Stockage, archivage et persistance des données
EN 18222 – API pour la gestion et la recherche des fiches de produit
EN 18223 – Interopérabilité des systèmes
À cela s’ajoutent des normes relatives aux droits d’accès, à la sécurité de l’information ainsi qu’à l’authenticité et à l’intégrité des données.
Cette liste montre clairement que le DPP ne se résume pas à un simple marquage sur le produit. Derrière ce concept se cache toute une infrastructure de données.
Cinq approches pour identifier les produits de manière univoque
L’identification unique d’un produit physique est une condition préalable essentielle au passeport numérique du produit. C’est seulement ainsi que les informations sur le produit peuvent être attribuées de manière fiable tout au long de son cycle de vie et échangées entre les fabricants, les utilisateurs, les prestataires de services et les entreprises de recyclage.
La norme EN 18219 définit à cet effet cinq schémas d’identification différents, comprenant au total huit variantes. Ceux-ci se distinguent par la manière dont un identifiant de produit est structuré, géré et associé aux informations numériques correspondantes. Une entreprise n’est donc pas nécessairement limitée à un seul système d’identification.
Le tableau suivant présente les cinq schémas d’identification autorisés et les normes correspondantes.
Schéma d’identification | Explication simplifiée | Variantes / Norme |
|---|---|---|
1. Identifiant de produit basé sur le Web | L'identifiant du produit est intégré à une adresse Web normalisée. Cette adresse permet d'accéder aux informations numériques. | GS1 Digital Link ; URL AutoID 1.3 |
2. Lien d'identification | Un identifiant unique d'objet est associé aux informations numériques du produit via un lien normalisé. | EN CEI 61406-1 ; EN CEI 61406-2 |
3. Identifiant décentralisé | L'identifiant du produit peut être géré de manière décentralisée et n'est pas nécessairement lié à un organisme d'enregistrement central. | DID v1.0:2022 |
4. Identification par RFID ou codes 2D | L'identifiant du produit est codé conformément aux normes ISO/IEC relatives à la RFID ou aux codes 2D (code QR, DataMatrix). | RFID : ISO/IEC 15961, 15962, 17360, 20248 ; 2D : ISO/IEC 17360, 20248, 15434 |
5. Identifiant d'objet numérique (DOI) | Le produit se voit attribuer un identifiant numérique permanent issu du système DOI. | ISO 26324 |
Ces cinq schémas poursuivent donc le même objectif : identifier de manière unique un produit physique et l’associer à ses informations numériques.
Ce n’est qu’à l’étape suivante que se pose la question de savoir comment cet identifiant est apposé sur le produit et lu. Pour cela, on peut par exemple envisager le code QR, la technologie NFC ou la RFID UHF, également appelée RAIN RFID.
QR code, NFC et UHF RFID : comment accéder au DPP depuis le produit?
Une fois l’identité définie, la question suivante se pose : comment l’intégrer au produit et comment la lire ?
C’est là qu’intervient la norme EN 18220 relative aux supports de données. Parmi les solutions possibles, on trouve notamment les codes QR et DataMatrix, la RFID HF ou NFC, ainsi que la RFID UHF, souvent appelée RFID RAIN.
Un code 2D est économique et simple. Il peut être imprimé et lu à l’aide d’un smartphone ou d’un scanner. Pour le client final, c’est sans doute souvent la solution la plus évidente. Il faut toutefois que le code soit visible.
Avec la technologie NFC, il suffit d’approcher un smartphone ou un lecteur de la balise. Là encore, l’utilisation est très simple pour l’utilisateur.
D’un point de vue industriel, la RFID UHF, ou RAIN RFID, présente un intérêt particulier. L’identifiant est lu par radio. Aucune ligne de visée n’est nécessaire et la saleté ou les petits dommages à la surface ont un impact nettement moindre que dans le cas des marquages optiques.
Mais la détection groupée est encore plus importante. La RFID UHF permet de détecter simultanément plusieurs produits marqués, et ce sur de plus longues distances.
En quoi cela intéresse-t-il le DPP ?
Prenons l’exemple d’une installation de recyclage automatisée. Personne ne souhaite y retourner chaque objet un par un, rechercher un code QR, puis le scanner. La RFID UHF permet de lire automatiquement les identifiants des produits et ainsi de déclencher l’accès aux informations correspondantes.
Pour certains produits, cette technologie est d’ailleurs déjà bien établie, comme c’est le cas pour les pneus de voiture.
Dans ce contexte, le nouveau service de recherche (Lookup Service) de l’association AIM, accessible sur item-id.org, présente également un intérêt certain. Lorsqu’un identifiant de produit conforme à la norme ISO/IEC 15459 est lu via la RFID UHF ou la RFID RAIN, il faut ensuite trouver le chemin menant aux informations numériques associées. C’est précisément là qu’intervient le service de recherche : à partir de l’identifiant, il identifie l’organisme émetteur, l’attribue à l’entreprise correspondante et peut renvoyer vers le service d’information ou de résolution compétent.
Ce service ne se limite toutefois pas à la RFID. Le même identifiant peut par exemple être lu à partir d’un code 2D. Avec la technologie RAIN RFID, l’avantage particulier réside dans le fait que ces identifiants peuvent être enregistrés de manière automatisée, même en grandes quantités. Pour les applications DPP, l’identification automatique d’un produit physique permet ainsi d’accéder immédiatement à ses informations numériques.
Bien entendu, il est également possible de combiner différentes technologies. Un produit peut par exemple comporter un code 2D destiné au client final et, en plus, un transpondeur RAIN RFID pour les processus automatisés.
Le DPP peut évoluer tout au long du cycle de vie du produit
L’identification et le support de données ne font dans un premier temps que permettre l’accès. Ce qui est passionnant, c’est de voir quelles informations viendront s’ajouter au cours de la vie du produit.
Dans le cas d’une batterie, il peut par exemple être intéressant de savoir combien de fois elle a été chargée et déchargée, ou dans quelles conditions elle a fonctionné. De telles données peuvent s’avérer décisives par la suite, lorsqu’il s’agira d’évaluer si une batterie ou certaines cellules peuvent être réutilisées.
Mais cela nous amène au défi suivant.
Si plusieurs entreprises indépendantes les unes des autres doivent lire, compléter et traiter des données pendant des années, une interface fonctionnelle ne suffit pas. Les données elles-mêmes doivent également être clairement définies.
Un chiffre seul n’est guère utile si le destinataire ne sait pas dans quelle unité il a été exprimé, dans quelles conditions il a été généré ou ce qu’il décrit exactement. Dans l’idéal, des métadonnées sont donc transmises en même temps.
Le passeport batterie : un premier grand test pratique
En ce qui concerne les batteries, les choses se concrétisent désormais.
Conformément au règlement européen (UE) 2023/1542 sur les batteries, à compter du 18 février 2027, chaque batterie LMT (batteries pour moyens de transport légers, par exemple pour les vélos électriques et les trottinettes électriques), chaque batterie industrielle d’une capacité supérieure à 2 kWh et chaque batterie de véhicule électrique devra être accompagnée d’un passeport batterie.
Le règlement européen sur les batteries impose dans un premier temps l’utilisation d’un code QR comme moyen d’accès obligatoire pour le passeport de batterie. À compter du 18 février 2027, celui-ci devra, pour les batteries concernées, être associé à l’identifiant individuel et renvoyer vers le passeport de batterie. D’autres technologies ne sont toutefois pas exclues d’emblée : le règlement prévoit expressément d’autoriser à l’avenir des étiquettes intelligentes alternatives ou supplémentaires. Le passeport de batterie devient ainsi le premier grand test pratique pour l’infrastructure DPP.
En ce qui concerne les batteries, les informations qui doivent y figurer sont désormais décrites de manière relativement précise. À mon avis, certaines exigences de l’UE ne sont toutefois pas encore assez précises.
C’est précisément lorsque différentes entreprises doivent échanger des données de manière automatisée que les interfaces, les structures de données et la signification des différents champs de données doivent être sans ambiguïté. L’avenir nous dira si cela fonctionne sans heurts partout dans la pratique.
Des précisions restent nécessaires pour d’autres secteurs
Pour d’autres groupes de produits, nous n’en sommes pas encore là.
Pour les textiles, le mobilier ou l’acier, il manque en partie les spécifications propres à chaque produit, qui précisent quelles données feront effectivement partie intégrante du DPP et à partir de quand les obligations s’appliqueront.
Cela ne signifie toutefois pas que les entreprises ne peuvent rien faire dès aujourd’hui. La base technique se précise de plus en plus. Il est déjà possible – et même nécessaire – de réfléchir à l’identification, aux supports de données, aux structures de données et à l’architecture du système.
Ce qui ne fonctionne pas encore, c’est la mise en œuvre définitive de toutes les exigences pour chaque groupe de produits. Pour cela, il manque tout simplement encore des décisions de l’UE.
Une normalisation internationale au-delà de l’Europe
En dehors de l’Europe également, on discute désormais intensément des passeports numériques de produits et des systèmes comparables.
Le travail de normalisation européen s’inscrit donc dans le cadre de la normalisation internationale. Le CEN-CENELEC JTC 24 et l’ISO/IEC JTC 5 doivent collaborer étroitement afin que les bases techniques développées en Europe soient également intégrées dans le débat international.
Ces instances réunissent des représentants d’organismes nationaux de normalisation issus de différentes zones économiques, notamment le DIN pour l’Allemagne, l’ANSI pour les États-Unis, le SAC pour la Chine, le JISC pour le Japon et Standards Australia.
C’est important. En effet, il serait peu intéressant pour un fabricant de devoir gérer, pour un même produit, des fiches techniques différentes et techniquement incompatibles pour l’Europe, la Chine, les États-Unis ou d’autres marchés.
Dans l’idéal, cela devrait donc déboucher sur des structures compatibles qui fonctionnent bien au-delà des frontières européennes.
Cela sera-t-il possible ? Là encore, la pratique montrera dans quelle mesure les différentes exigences peuvent réellement être harmonisées.
Il faut maintenant donner vie au DPP
En 2026, les bases essentielles auront été posées. Le registre DPP de l’UE est opérationnel, les normes techniques centrales ont été publiées et, avec le passeport batterie, le premier grand cas d’application obligatoire est imminent.
Il apparaît ainsi de plus en plus clairement comment l’infrastructure technique peut fonctionner.
À mon sens, il serait toutefois réducteur de considérer le DPP uniquement comme une nouvelle obligation réglementaire.
Aujourd’hui, les informations sur les produits sont échangées via des bases de données, des documents, différentes interfaces et, parfois encore, sur papier. Si le DPP contribue à rendre ces informations plus uniformes et disponibles tout au long du cycle de vie du produit, il en résultera une véritable valeur ajoutée.
Dans l’idéal, chaque produit disposera un jour d’un passeport numérique compréhensible et utilisable au-delà des systèmes, des secteurs d’activité et des frontières nationales.
C’est un défi de taille. Mais c’est précisément là que réside l’opportunité offerte par le DPP.