La RFID sans puce : le code-barres du futur

La RFID sans puce constitue une alternative évolutive aux étiquettes RFID traditionnelles grâce à son fonctionnement passif par structures imprimées, offrant des avantages économiques et environnementaux adaptés aux applications de masse.

  • Publié : 01 juillet 2026
  • Lecture : 14 min
  • Par : Anja Van Bocxlaer
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La RFID sans puce : le code-barres du futur
Inès Bakri lors de la Conférence internationale 2025 sur l'électromagnétisme dans les applications avancées, à Palerme, en Italie. Source : Ines Bakri
  • La RFID sans puce utilise des structures passives imprimées pour générer des identifiants uniques sans puce électronique.
  • Elle réduit les coûts et l’empreinte environnementale en supprimant les composants en silicium conventionnels.
  • Les défis techniques concernent la capacité de stockage limitée, la portée de lecture et la robustesse dans des environnements complexes.
  • La normalisation et l’intégration fluide aux systèmes RFID et IoT existants sont indispensables pour son adoption à grande échelle.

Ines Bakri, doctorante à l’Université des sciences appliquées de RheinMain (HSRM) dans le domaine de l’Internet des objets (IoT) et des technologies de communication numérique, explique comment la RFID sans puce permet l’identification sans recourir à une puce en silicium.

Elle se concentre sur l’état actuel de la recherche, le potentiel technique et la question de savoir pourquoi les structures passives pourraient constituer une alternative évolutive aux étiquettes RFID traditionnelles pour des applications à grande échelle dans les domaines de la logistique, de l’emballage et de l’industrie.

Cette technologie est particulièrement pertinente pour les applications impliquant de très gros volumes, comme en logistique avec un grand nombre de palettes, de supports de charge ou d’autres objets réutilisables. Aujourd’hui, ceux-ci sont souvent suivis par ligne de visée directe. La RFID sans puce pourrait permettre une identification sans contact dans ces scénarios et simplifier le suivi répété tout au long des processus logistiques.

Fonctionnement et évolution de la perspective technologique

Sur le plan technologique, la RFID sans puce est étroitement liée à l’électronique imprimée. Au lieu d’une puce en silicium, l’étiquette utilise des structures passives telles que des résonateurs ou des motifs imprimés pouvant être appliqués sur des films, du papier ou des emballages. Ces structures ne stockent pas de données au sens traditionnel du terme, mais génèrent plutôt une signature électromagnétique qui peut être détectée par un lecteur et traduite en un identifiant.

Bakri précise clairement que l’information n’est plus stockée dans un circuit intégré en silicium, mais réside plutôt dans la conception physique de l’étiquette. C’est précisément là que réside le changement de perspective technologique : l’intelligence passe de la puce à la structure. Si le motif est produit à l’aide d’un procédé d’impression, la RFID sans puce devient une forme particulièrement simple d’électronique imprimée fonctionnelle.

Potentiel, défis et besoins en matière de recherche

Du point de vue d’Ines Bakri, la RFID sans puce est particulièrement intéressante pour les applications dans lesquelles un très grand nombre d’objets doit être identifié de manière rentable. Le fait de ne plus avoir recours au silicium permet de réduire les coûts des matériaux, de préserver les ressources et de diminuer la dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement mondiales en puces.

Dans le même temps, d’importantes questions de recherche restent sans réponse. Il s’agit notamment d’augmenter les capacités de stockage, de mettre au point des méthodes de détection plus robustes, d’assurer une lecture fiable dans des environnements complexes et de normaliser les interfaces avec les systèmes RFID et IoT existants.

L’identification des objets au-delà de la chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs

Dans le contexte de la RFID sans puce, il est essentiel de noter que ce n’est pas l’extraction du silicium qui représente le principal facteur de coût et de consommation de ressources, mais bien sa purification, son traitement et sa conversion en composants électroniques.

Supprimer l’utilisation de puces en silicium peut donc présenter un intérêt économique significatif, en particulier pour les très grands volumes de production. Les économies ne proviennent pas seulement des matières premières telles que le « sable », mais aussi du processus complexe de fabrication des semi-conducteurs, des matériaux supplémentaires, de l’énergie, des coûts d’assemblage et de certaines parties de la chaîne d’approvisionnement associée.

Cependant, cette technologie peut également offrir des avantages même avec des volumes de production plus modestes. Les structures passives sans puce sont potentiellement adaptées à des applications où les composants électroniques traditionnels atteignent leurs limites en raison de températures élevées, de l’humidité, des conditions météorologiques ou d’autres facteurs environnementaux exigeants.

Parallèlement, elles peuvent permettre l’identification sans contact d’objets qui, jusqu’à présent, ne pouvaient souvent être détectés que par ligne de visée directe.

La RFID sans puce pourrait ainsi modifier en partie les dépendances en matière d’identification des objets. Alors que les étiquettes RFID traditionnelles reposent sur des puces en silicium et sur l’industrie mondiale diversifiée des semi-conducteurs, les systèmes sans puce s’appuient sur des étiquettes passives et structurées. La puce, en tant que composant essentiel, est ainsi éliminée.

Cela peut s’avérer particulièrement pertinent pour les applications de masse ainsi que pour les objets réutilisables tels que les palettes, les supports de charge ou les composants industriels. Cependant, cela ne rend pas la technologie totalement indépendante des chaînes d’approvisionnement. La fabrication de puces est remplacée par des exigences en matière de matériaux adaptés, de procédés d’impression et de fabrication précis, de matériel de lecture haute performance et d’interfaces standardisées.

Portée de la RFID sans puce

La portée de la RFID sans puce n’est pas strictement définie, mais dépend fortement de la conception de l’étiquette, de la bande de fréquences, du lecteur ou du système radar, ainsi que de l’environnement.

Dans des configurations expérimentales simples, les distances varient souvent de quelques centimètres à environ un mètre. Pour les applications à longue portée, cependant, des recherches sont en cours afin de détecter de manière fiable les étiquettes sans puce même sur des distances de plusieurs mètres.

Le facteur technologique clé ici est la rétrodiffusion de l’étiquette. Le système de lecture émet un signal électromagnétique qui est réfléchi par l’étiquette sans puce. Cette rétrodiffusion contient la signature électromagnétique caractéristique de l’étiquette. Plus cette signature est forte et distincte, plus la distance entre le lecteur et l’étiquette peut être grande.

Conférence d'Inès Bakri : Comprendre la technologie RFID sans puce
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Conférence d'Inès Bakri : Comprendre la technologie RFID sans puce

La RFID sans puce constitue une méthode novatrice d’identification passive qui, malgré des contraintes techniques, offre un complément prometteur aux systèmes traditionnels pour des applications à faible coût et grand volume.

La portée potentielle est limitée par plusieurs facteurs : la taille et la géométrie des structures résonantes, la section efficace radar de l’étiquette, la puissance d’émission et la sensibilité du lecteur, le gain de l’antenne, la bande de fréquences utilisée, ainsi que les interférences dues aux métaux, aux liquides ou à la propagation par trajets multiples dans des environnements réels. En particulier dans les environnements industriels et logistiques, les réflexions peuvent perturber le signal et rendre la détection plus difficile.

Pour les distances plus longues, on recourt donc à des techniques telles que les systèmes MIMO, les antennes optimisées, les algorithmes de détection robustes et le traitement intelligent du signal. L’objectif est de détecter de manière plus fiable les signaux de rétrodiffusion faibles, de séparer la signature de l’étiquette des réflexions environnementales, et de permettre ainsi également des applications à longue portée.

En résumé : la RFID sans puce fonctionne relativement facilement à courte portée. Pour des portées plus longues, de l’ordre du mètre, un système global optimisé, comprenant la conception de l’étiquette, le matériel du lecteur, les antennes et le traitement du signal, est toutefois nécessaire.

À première vue, la RFID sans puce semble être une solution hautement technique et spécialisée. Comment pouvez-vous expliquer simplement le fonctionnement de cette technologie ?

Ines Bakri, ingénieure : Fondamentalement, la RFID sans puce fonctionne sans puce électronique traditionnelle. À la place, l’étiquette est constituée de structures passives — telles que des résonateurs ou des motifs spéciaux — qui peuvent être imprimées sur un film ou un autre substrat. Ces structures réagissent aux signaux électromagnétiques d’une manière très caractéristique.

Où sont stockées les informations s’il n’y a pas de puce ?

Ines Bakri, ingénieure : Les informations sont intégrées dans la structure physique de l’étiquette. Chaque motif génère une signature électromagnétique unique — par exemple, une fréquence ou un motif de phase spécifique. Cette signature peut être lue, puis traduite en code binaire. Ainsi, chaque configuration d’étiquette représente un identifiant unique.

Les étiquettes RFID sans puce peuvent-elles stocker autant d’informations que les étiquettes RFID traditionnelles dotées d’une puce mémoire ?

M.Eng. Ines Bakri : Non, pas de la même manière. S’ils disposent d’une mémoire, les étiquettes RFID traditionnelles peuvent contenir bien plus d’informations qu’un simple identifiant. Les étiquettes RFID sans puce ne disposent pas d’une telle mémoire. Les informations sont encodées dans la structure de l’étiquette. Cela permet d’avoir des identifiants uniques et une quantité limitée d’informations supplémentaires.

Des applications de capteurs sont possibles, mais elles fonctionnent différemment : l’étiquette ne stocke pas activement de valeurs de mesure ; à la place, sa signature électromagnétique change en réponse à la température, à l’humidité, à la pression ou à d’autres facteurs.

Comment un lecteur détecte-t-il cet identifiant ?

Ines Bakri, ingénieure : La détection fonctionne de manière similaire à celle d’un radar. Un lecteur émet un signal électromagnétique. Lorsque ce signal atteint l’étiquette RFID sans puce, il est réfléchi ou rétrodiffusé par celle-ci. Le signal rétrodiffusé est ensuite analysé. Cela permet de déterminer si une étiquette est présente et quel identifiant elle contient.

Quelle est la principale différence par rapport à la technologie RFID traditionnelle ?

M.Eng. Ines Bakri : La principale différence réside dans le fait que la RFID sans puce ne nécessite pas de puce en silicium. Les étiquettes RFID traditionnelles contiennent généralement un circuit intégré qui stocke et traite les informations. Avec la RFID sans puce, c’est la structure même de l’étiquette qui remplit cette fonction.

En quoi la suppression de la puce constitue-t-elle un avantage ?

Ines Bakri, ingénieure : Parce que cela permet de réduire les coûts de matériaux et de fabrication. De plus, aucune connexion complexe entre la puce et l’antenne n’est nécessaire. La conception des étiquettes s’en trouve ainsi simplifiée.

Quel rôle joue la durabilité ?

Ines Bakri, ingénieure : Les étiquettes RFID sans puce peuvent être très robustes car elles fonctionnent de manière passive et ne nécessitent pas d’alimentation électrique propre. Elles peuvent être conçues pour résister aux intempéries et intégrées dans des matériaux souples, des étiquettes ou des emballages. Cela peut constituer un avantage majeur, en particulier pour les applications industrielles, les processus logistiques ou l’étiquetage de masse.

En quoi la RFID sans puce diffère-t-elle des codes-barres ou d’autres systèmes d’identification par caméra ?

M.Eng. Ines Bakri : La différence la plus importante réside dans le fait que la RFID sans puce ne nécessite pas de ligne de visée directe. Alors que les codes-barres ou les codes QR doivent être scannés optiquement, une étiquette RFID sans puce peut être lue même lorsqu’elle est masquée, par exemple sous un emballage ou certains matériaux.

Qu’est-ce que cela signifie pour les applications pratiques ?

Ines Bakri, ingénieure : Cette technologie peut également offrir des avantages en cas de faible luminosité, lorsque les surfaces sont sales ou endommagées. Les systèmes basés sur des caméras dépendent fortement de la visibilité et de la lisibilité du code. Avec la RFID sans puce, en revanche, l’identification s’effectue via des signaux électromagnétiques.

Cette technologie est-elle également rentable ?

Ines Bakri, M.Eng. : Oui. Les systèmes de lecture reposent sur du matériel RF et ne nécessitent ni optique complexe ni traitement d’image sophistiqué. Selon l’application, cela peut simplifier l’architecture du système et réduire les coûts.

Que faut-il pour que la RFID sans puce soit déployée à grande échelle ?

Ines Bakri, ingénieure : Des cas d’utilisation concrets et des projets pilotes sont essentiels. La technologie doit démontrer, dans des conditions réelles dans les secteurs de l’industrie, de la logistique et de la fabrication, qu’elle fonctionne de manière fiable et quelle valeur ajoutée elle apporte. Cela peut déboucher sur l’élaboration de scénarios de bonnes pratiques.

Quels défis techniques reste-t-il à relever ?

M.Eng. Ines Bakri : Un objectif important consiste à augmenter la capacité de stockage et la densité des données. Le but est de pouvoir stocker davantage d’identifiants – ou davantage de bits – par jour et de lire les données de manière plus fiable. Des débits de données plus élevés pourraient également s’avérer pertinents, selon l’application.

Quel rôle jouent les perturbations environnementales ?

M.Eng. Ines Bakri : Un rôle très important. Les signaux électromagnétiques peuvent être affectés par les objets environnants, les réflexions ou ce que l’on appelle les effets de trajets multiples. C’est pourquoi la robustesse des systèmes doit être encore améliorée afin que les étiquettes puissent être détectées de manière fiable, même dans des environnements industriels complexes.

Des normes sont-elles également nécessaires à cet effet ?

M.Eng. Ines Bakri : Oui. Des protocoles et des interfaces normalisés sont essentiels pour une adoption à grande échelle. La RFID sans puce doit pouvoir s’intégrer de manière transparente dans les systèmes RFID et IoT existants. Ce n’est que lorsque les entreprises pourront facilement intégrer cette technologie dans leurs processus existants qu’elle deviendra véritablement attractive pour un déploiement à grande échelle.

Biographie : Ines Bakri

Depuis 2024, Ines Bakri prépare son doctorat sur le campus de Rüsselsheim de l’Université des sciences appliquées RheinMain, dans le domaine de l’IoT et des technologies de communication numérique. Ses travaux de thèse sont dirigés par le professeur Mohamed El Hadidy, membre senior de l’IEEE et expert de renommée internationale en RFID sans puce, auteur de nombreuses publications dans ce domaine de recherche.

Ines Bakri mène ses recherches au sein d’une équipe de cinq doctorants qui étudient divers sous-domaines des systèmes RFID sans puce. Ceux-ci comprennent la localisation, la détection assistée par l’IA, la conception de balises, les réseaux à formation de faisceaux, les connexions IoT, ainsi que d’autres aspects du développement de systèmes et du traitement du signal.

Dans son mémoire de master, elle a développé un système d’identification RFID sans puce adapté à des canaux de communication réalistes, en mettant l’accent sur la modélisation des canaux, le balayage de fréquences, la mise en œuvre de lecteurs et la détection aveugle.

Ses recherches actuelles portent sur les systèmes RFID sans puce, les algorithmes de détection, la modélisation des canaux et l’émulation de systèmes, les systèmes de communication MIMO, ainsi que le positionnement en intérieur, la localisation et la navigation. À ce jour, elle a contribué à six publications de l’IEEE. Une autre publication a été soumise, et elle travaille également sur son premier article de revue.

Par ailleurs, Ines Bakri est cofondatrice et présidente de la section étudiante de l’IEEE à l’Université des sciences appliquées de RheinMain.

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