- La tendance à l’errance chez les personnes atteintes de démence est souvent une recherche de lieux familiers, non un comportement erratique.
- Les systèmes RFID détectent précocement les sorties non autorisées via des transpondeurs et points de lecture, alertant le personnel immédiatement.
- La sécurité offerte par la technologie doit toujours équilibrer protection et liberté d’autodétermination, conformément aux réglementations en vigueur.
- L’intégration de ces systèmes dans les infrastructures existantes optimise la réponse aux incidents tout en préservant les ressources humaines.
Les systèmes d'assistance sans fil détectent les situations critiques à un stade précoce, soutiennent les soignants et offrent aux personnes atteintes de démence une plus grande liberté de mouvement.
Protéger les personnes atteintes de démence sans restreindre inutilement leur autonomie constitue un défi majeur pour les établissements de soins. La rédactrice en chef Anja Van Bocxlaer s’est entretenue avec Martin Hartwigsen, responsable du développement commercial chez deister electronic, sur la manière dont les systèmes d’assistance basés sur la technologie RFID détectent les situations critiques à un stade précoce, soulagent les soignants et permettent en même temps une plus grande liberté de mouvement.
Quand une « fugue » apparente est en réalité une « fuite vers »
Une résidente quitte sa chambre, parcourt le couloir et se dirige vers la sortie. Peut-être pense-t-elle qu’elle doit aller chercher ses enfants. Peut-être cherche-t-elle son ancien domicile ou souhaite-t-elle retourner à un emploi qui n’existe plus depuis des décennies.
Ce qui, vu de l’extérieur, ressemble à une errance sans but suit souvent sa propre logique interne pour la personne concernée. Les experts parlent donc de plus en plus d’une tendance à marcher vers une destination. Les personnes atteintes de démence ne s’enfuient pas simplement. Elles recherchent souvent un lieu familier, un ancien emploi ou un être cher. Leur comportement est l’expression d’un besoin, et non un écart de conduite conscient.
Cela représente un défi de taille pour les établissements de soins : ils doivent prévenir les situations dangereuses tout en préservant la liberté de mouvement des résidents.
« Une prévention efficace de l’errance ne commence pas à la porte d’entrée. Elle commence par la question de savoir quelle liberté une personne peut continuer à avoir et à quel moment un risque individuel se présente réellement. » — Martin Hartwigsen
Augmentation du nombre de personnes atteintes de démence, besoin croissant de protection
Selon les estimations de l’Association allemande de la maladie d’Alzheimer, environ 1,84 million de personnes atteintes de démence vivaient en Allemagne fin 2023. Sans progrès significatifs en matière de prévention ou de traitement, ce chiffre pourrait passer à 2,3 à 2,7 millions d’ici 2050.
Par conséquent, le nombre de personnes nécessitant une protection individuelle en raison d’une désorientation devrait également augmenter.
Les raisons qui poussent une personne à s'éloigner de son lieu de vie peuvent être très variées :
la désorientation
la recherche de son ancien domicile
le désir d’aller travailler ou de voir des membres de sa famille
l'envie de se déplacer
La peur ou une agitation intérieure
Déconfort face à un environnement inconnu
Toutes les personnes atteintes de démence ne présentent pas une tendance à l'errance. Toutefois, si ce comportement est observé, le risque pour la personne doit être soigneusement évalué et réévalué régulièrement.
Quelques minutes peuvent faire toute la différence
Surtout le soir et la nuit, un petit nombre d’aidants s’occupe souvent de nombreux résidents en même temps. Même un bref moment sans surveillance peut suffire à une personne à risque pour quitter son espace de vie, entrer dans une cage d’escalier ou atteindre un espace extérieur non sécurisé.
Par temps froid ou chaud, en cas de circulation dense ou dans un environnement inconnu, un déplacement qui passe inaperçu au premier abord peut rapidement se transformer en un danger grave.
Si l’on ne s’aperçoit que plus tard qu’un résident a quitté l’établissement, plusieurs membres du personnel doivent souvent se lancer simultanément à sa recherche. Cela mobilise le personnel, accroît le stress et suscite de l’inquiétude chez les proches.
À cela s’ajoutent les obligations de documentation et les éventuels problèmes de responsabilité. Il n’est pas possible de quantifier de manière fiable la fréquence de ces incidents en Allemagne, car il n’existe ni statistiques officielles ni registre centralisé de signalement.
« La technologie ne peut pas remplacer l’attention ni les soins personnels. Elle peut toutefois offrir aux soignants exactement ce temps de réaction supplémentaire qui fait toute la différence dans une situation critique. » — Martin Hartwigsen
La sécurité ne doit pas automatiquement rimer avec restriction
Même les personnes atteintes de démence évolutive conservent leurs droits fondamentaux. Les établissements de soins doivent donc toujours mettre en balance, au cas par cas, le devoir de protection et l’autodétermination, la liberté de mouvement et le principe de proportionnalité.
Les mesures restreignant la liberté, telles que les contention physiques ou les portes verrouillées régulièrement ou pendant de longues périodes, ne sont autorisées que dans des conditions strictes. En fonction de la mesure spécifique, de sa durée et de la capacité du résident à donner son consentement, l’autorisation d’un tribunal de tutelle conformément à l’article 1831 du Code civil allemand (BGB) peut être requise.
Les systèmes d’assistance technique peuvent réduire les risques sans restreindre de manière indiscriminée la liberté de mouvement de tous les résidents. Toutefois, leur utilisation doit également être évaluée au cas par cas et conçue dans le respect des réglementations en matière de protection des données.
Le principe directeur des soins modernes est donc le suivant : Autant de liberté que possible, autant de sécurité que nécessaire.
La protection est assurée aux points de passage critiques
Les systèmes sans fil de prévention des fugues combinent généralement un transpondeur porté sur soi avec des points de lecture situés au niveau de portes, de passages ou de zones dangereuses désignées.
Cela ne nécessite pas une surveillance continue et ininterrompue de la personne. En fonction de l’architecture du système choisie, la technologie détecte spécifiquement lorsqu’un transpondeur attribué pénètre ou traverse une zone de sécurité définie.
Le système peut alors déclencher automatiquement une alerte. Celle-ci s’affiche, par exemple,
directement sur place,
dans un logiciel de gestion,
sur un appareil mobile, ou
dans un système connecté de centre d’appel, d’alarme ou de contrôle.
Cela permet au personnel soignant d’intervenir avant qu’un mouvement passé inaperçu ne se transforme en danger grave.
Pour les résidents, cela signifie idéalement qu’ils peuvent continuer à se déplacer librement dans des zones qui sont sans danger pour eux. Un processus de protection n’est déclenché que lorsqu’une limite définie individuellement est atteinte.
Tous les établissements n’ont pas besoin du même système
Les bâtiments, les espaces de vie et les processus organisationnels varient considérablement. Il n’existe donc pas d’architecture technique unique qui convienne de la même manière à tous les établissements de soins.
De manière générale, on distingue deux approches.
1. Des transpondeurs actifs pour une localisation en continu
Les transpondeurs actifs – c’est-à-dire émettant en continu – diffusent leur identifiant à intervalles courts. Avec une infrastructure adaptée, cela permet un suivi en continu. Les données de localisation sont disponibles régulièrement ; toutefois, l’émission continue sollicite davantage la batterie.
2. Les transpondeurs semi-actifs pour des zones de protection définies
Les transpondeurs semi-actifs en veille ne transmettent pas en continu lorsqu’ils sont en mode veille. Ils ne s’activent que lorsqu’ils se trouvent à portée radio d’un point de lecture défini. Cela permet de prolonger la durée de vie de la batterie tout en réduisant l’activité radio au sein du bâtiment.
Le choix de l’option la plus adaptée dépend du niveau de sécurité souhaité. Pour certaines installations, il suffit de sécuriser des sorties ou des cages d’escalier individuelles. D’autres nécessitent plusieurs zones de sécurité ou des informations supplémentaires sur les déplacements à l’intérieur du bâtiment.
« La meilleure solution n’est pas forcément celle qui offre le plus de fonctionnalités. Ce qui compte, c’est qu’elle réponde aux besoins spécifiques de l’établissement en matière de sécurité, à la configuration du bâtiment et à son fonctionnement. » — Martin Hartwigsen
Des voyants d’alerte locaux à une plateforme d’alarme centralisée
Un système moderne de protection contre les déraillements doit être conçu pour être modulaire et évolutif. En fonction de l’infrastructure existante, il peut
fonctionner de manière autonome avec des alarmes sonores et visuelles locales,
être connecté à un logiciel de gestion centralisé, ou
communiquer avec les systèmes existants d’appel, d’alarme et de centre de contrôle via des interfaces telles que l’ESPA-X.
Des commandes de porte ou des systèmes de contrôle d’accès électroniques peuvent également être intégrés, selon la configuration. Cela permet de déverrouiller facilement une porte pour les personnes autorisées. Si, toutefois, une personne à risque s’approche, le système déclenche une alerte ou lance un processus de protection prédéfini.
Ceci est particulièrement important pour les établissements disposant déjà de systèmes d’appel infirmier, de quincaillerie de porte électronique ou de plateformes d’alarme centralisées. Cette intégration flexible préserve les investissements existants et permet une extension progressive.
Une alarme à elle seule ne constitue pas un concept de sécurité
La fiabilité d’un système technique dépend de celle des processus dans lesquels il est intégré. C’est pourquoi les points suivants doivent être clarifiés avant la mise en service :
Qui reçoit une alerte ? Qui intervient en premier ? Que se passe-t-il si un soignant est occupé à ce moment-là ? Comment un incident est-il consigné ? Et qui vérifie régulièrement le bon fonctionnement des transpondeurs et des lecteurs ?
Les zones de couverture radio doivent également être planifiées et testées sur place. Le niveau des batteries doit être surveillé, et les responsabilités en matière de maintenance, de gestion des alarmes et de pannes techniques doivent être clairement définies.
Seule la combinaison de la technologie, d’un personnel formé et de procédures claires permet d’assurer une sécurité fiable.
« La prévention des fugues n’est pas un simple produit que l’on installe sur une porte. Il s’agit d’un processus coordonné impliquant la planification de la couverture radio, les alertes, la répartition des responsabilités et les interventions appropriées du personnel. » — Martin Hartwigsen
La protection des données doit être intégrée à la planification
Les événements liés aux alarmes et aux mouvements peuvent contenir des données à caractère personnel. Il convient donc de déterminer, dès la phase de planification,
quelles données sont réellement nécessaires,
qui est autorisé à y accéder,
pendant combien de temps elles seront conservées, et
comment l'accès et les événements sont documentés.
Des droits d’accès basés sur les rôles, des connexions sécurisées au système et des cadres coordonnés de consentement et d’autorisation sont des éléments essentiels d’une exploitation conforme à la protection des données.
Le principe suivant s’applique : il n’est pas nécessaire d’utiliser toutes les capacités techniques disponibles. Un système ne doit collecter et traiter que les informations nécessaires au processus de sécurité concerné.
Le transpondeur peut faire bien plus que simplement déclencher une alarme
Certains systèmes permettent une communication bidirectionnelle. Les résidents peuvent appuyer sur un bouton pour demander eux-mêmes de l’aide et recevoir une confirmation — par exemple, via un signal visuel — indiquant que l’appel a bien été déclenché.
Utilisé en association avec une quincaillerie de porte électronique, le transpondeur peut également activer des autorisations d’accès individuelles aux portes. La porte peut alors être ouverte sans clé mécanique. Cela facilite la vie quotidienne des personnes qui ont des difficultés à utiliser une clé.
Le transpondeur passe ainsi du simple dispositif d’alarme à un outil d’assistance personnelle alliant protection, confort et autonomie.
Plus de temps pour les soins personnels
L’assistance technique ne remplace ni l’empathie ni les soins humains. Elle peut toutefois soulager les aidants du fardeau que représente la surveillance constante des portes et des zones à haut risque.
Les résidents gagnent ainsi en liberté de mouvement et en autonomie. Les soignants disposent de plus de temps pour intervenir. Les proches ont l’esprit tranquille, car leurs êtres chers sont protégés sans que leur vie quotidienne ne soit inutilement restreinte.
« La technologie est efficace lorsqu’elle fonctionne de manière fiable en arrière-plan, laissant ainsi plus de place à l’essence même des soins : les soins personnels, la proximité et l’attention humaine. » — Martin Hartwigsen
Conclusion : la sécurité grâce à des informations ciblées plutôt qu’à des restrictions généralisées
L’évolution démographique continuera de poser des défis aux établissements de soins de longue durée dans les années à venir. Parallèlement, les exigences en matière de qualité, de documentation et de soins centrés sur la personne ne cessent de croître.
Des systèmes de prévention de l’errance conçus de manière intelligente peuvent apporter une contribution importante. Lorsqu’ils sont utilisés correctement, ils allient architectures système flexibles, alertes précoces, autonomie maximale et intégration dans l’infrastructure existante.
Leur principal avantage ne réside pas dans la prévention totale des déplacements. Ils permettent plutôt d’identifier rapidement les situations critiques et d’y apporter des réponses ciblées.
Il en résulte une sécurité accrue pour les résidents, une réduction de la charge de travail du personnel et un renforcement de la confiance parmi les proches.